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Le précédent album en duo de ce duo familial, Rodrigues père et fils , alto et violoncelle – Ernesto et Guilherme – Como O Mar faisait référence à la mer, ses mouvements, ses vagues oscillantes, ses courants, ses marées, il semble logique dès lors que leur opus suivant en tandem soit lié à une île. Particulièrement, une île des Açores, Pico celle dont on aperçoit la montagne, ici recouverte de curieux nuages à son sommet (2.351m), depuis l’île la plus importante de l’Archipel, Terceira et ses voisines, Sao Jorge et Faial. La première improvisation du CD a été enregistrée au Petersburg Art Space Berlin et compte trois sections (Live at PAS 23 :39) dont une est jouée sur la fameuse crackle box de Michel Waiszwics par Ernesto. Par rapport au précédent Como O Mar, la musique est vraiment différente ce qui n’a rien d’étonnant pour ces deux musiciens qui ont l’art de se renouveler au fil de leurs nombreux albums en trio ou quartet avec une kyrielle d’improvisateurs. Le deuxième long morceau de 32 :25 , Pico (São Caetano) contient du field recording réalisé en 2021 par Ernesto Rodrigues (enregistrement de terrain). Je n’avais pas chroniqué Como O Mar, malheureusement, mais cela s’explique par la régularité exponentielle des publications des Rodrigues sur Creative Sources, le label qu’ils font vivre depuis 25 ans atteignant aujourd’hui le n° 877 sur leur gigantesque catalogue. Comme je publie à peine autant/plus de chroniques qu’eux de CD’s, il m’est impossible de monopoliser mon blog avec les CS CD… alors que d’autres artistes méritants espèrent une rare chronique.
Le field recording nous fait entendre des bruits crissants de criquets dans la nuit par-dessus lesquels les deux violonistes grattent et scratchent leurs cordes en grinçant créant une ambiance mystérieuse faites de drones mouvantes et de petits chocs dans une vision expérimentale. On y retrouve toute la classe et la distinction du travail des Rodrigues dans les détails de ces drones crissants, ces hauteurs de notes qui descendent inexorablement, ces effets de souffle (littéralement) de l’archet qui frôle les cordes…. Entourés par les sons de l’espace ouvert quelque part sur cette île mystérieuse. De cette ambiance naît un dialogue pointilliste épuré d’actions instrumentales millimétrées qui créent une narration, un dialogue, une échappée dont l’intensité et l’aspect ludique croissant clôt un premier mouvement. Celui-ci répond à la démarche du concert au PAS en octobre 25. La deuxième section incarne un beau chant à ceux voix avec l’ample et lent travail « vocalisé » à l’archet, une élégie suspendue dans le vide soutenu par l’enregistrement de terrain, celui-ci servant comme un continuité pour les improvisations qui se succèdent marquant chaque fois un autre aspect de leur démarche contemporaine. Vous avez là de la musique à écouter sans se lasser, le duo Rodrigues développant de nouvelles idées et sensibilités avec leurs grandes ressources sonores et musicales, sachant faire vivre l’instant dans la durée sans faiblir même quand un curieux animal surgit près des micros d’Ernesto en émettant de curieux gloussements ! Des improvisateurs de premier ordre. Fascinant ! Jean-Michel Van Schouwburg (Orynx) |