Dots and Dashes cs881

 

 

Returning again to Creative Sources, and another reprise, Dots and Dashes (recorded in Berlin, also in October) finds Greek clarinetist Floros Floridis in another quartet with Ernesto & Guilherme Rodrigues, now joined by Michael Vorfeld on percussion — following Xafnikes synantiseis (recorded in 2024 & referenced here that April), a quartet instead with Ulf Mengersen on bass (i.e. more per Ernesto's Lisbon String Trio formations...). As had Crossing the Floor (recorded four days earlier), Dots and Dashes then presents a more sophisticated interaction, i.e. building on ideas from the previous date, likewise relatively sparse & simmering music. But in replacing a more legato bass with often quiet & pointillistic percussion, Dots and Dashes also opts for a relatively more open texture, and correspondingly, senses of time. It can thus recall the quintet album La rambarde des songes... (with synthesizer, pace "crackle box" here — i.e. still not quite acoustic, per the previous entry as well...) from earlier this year, the voice there serving as a distinct (yet quiet) focus, versus more around clarinet & then bass clarinet for this quartet — indeed Floridis usually seeming centered (including by higher pitches from e.g. viola), his extended continuity in shaded spectral lines often seeming accented or intertwined by others.... Dots and Dashes is then another album that rewards concentrated listening with subtle textures & twisting continuities, latent evocations suggesting perhaps distant or otherwise difficult methods of communication... almost a study in expression per se (i.e. meta-expression) on first impression. Dots and Dashes also continues relations that seem to derive more from Guilherme Rodrigues than from Ernesto (although the latter does seem very at home here...), Floridis himself first appearing in this space with electro-acoustic quartet album Fields (reviewed here March 2024), and Vorfeld most recently with trio Flight Rvw2349 (reviewed September 2023). So senses of space & distance & subtle voicings can dominate impressions of Dots and Dashes, sinewy & shading continuities (per e.g. timeless floating of La rambarde des songes...), extended senses of personal expression (i.e. narrative-like...), occasionally more assertive. Subtle (e.g. chiming or tinkling, bent) metal also opens the second & third tracks, Vorfeld only occasionally coming to the fore (including e.g. briefly with hand drums accompanying a jungle-esque clarinet...), senses of pointillism propagated instead (already) through the ensemble (& even to the clarinet, in pops), senses of code.... Sometimes Dots and Dashes can be more lively, but also (& always) leaves me listening to the environment (& even a little confused about some common sounds...), thus suggesting senses of transformation, transformation through distended lines & continuities... perhaps constituting a kind of post-Cage meta-expressionism (i.e. pace bodily continuity beneath personality or emotion per se). Or one could simply call it a sophisticated, contemporary take on the post-jazz clarinet trio (i.e. with viola & cello combined for bass...), featuring masterful yet understated execution from Floridis et al. Todd McComb's Jazz Thoughts

 

Un enregistrement au Kuhlpot Social Club de Berlin en bonne compagnie l’année dernière. Je n’aurai de cesse de commenter autant que se peut les aventures de l’altiste Ernesto Rodrigues tant notre homme, le cerveau derrière les opérations du label Creative Sources (plus de 860 Cd’s au compteur !), ne soit convié sur les scènes auxquelles son extraordinaire talent le destine. En compagnie de son fils, le violoncelliste Guilherme Rodrigues, ils ont tous deux incarné l’avant-garde pointue du réductionnisme dans las années 2000-2010 tout en évoluant vers une musique de chambre exploratoire, raffinée et résolument contemporaine, subtile et miroitante. Ce qui est exemplaire ici, et finalement très intéressant, est qu’un clarinettiste méditerranéen et lyrique à souhait comme le grec Floros Floridis dialogue ici avec la paire des Rodrigues. Floros Floridis est un superbe clarinettiste et saxophoniste actif dans des contextes plus « free-jazz » comme on a pu l’entendre aux côtés de Gunther Sommer, Peter Kowald, Louis Moholo, Andrew Cyrille, ou le joueur de lyra Ilya Papadopoulos etc… mais aussi avec Paul Lytton dans les années 80. Ces rencontres d’artistes aux parcours et backgrounds différents sont en fait une ouverture et requièrent sensibilité, savoir-faire et intuition pour improviser collectivement et créer ce territoire commun qui met en valeur la musicalité intrinsèque de chacun au-delà des « écoles » et des idées toutes faites.
Pour bonne mesure, le chercheur de sons et percussionniste allemand Michael Vorfeld complète l’équipée pour colorer et commenter adroitement cette triade boisée. J’avais déjà bien apprécié le travail de Vorfeld en duo avec son compatriote Wolfgang Schliemann, autre percussionniste de choix ou le platiniste Von Bebber ou en trio avec un autre percussionniste, Burkhard Beins et le saxophoniste Dirk Marwedel. Il s’agit donc d’un musicien « pointu » d’un point de vue radical.
Alors, je m’émerveille de cette musique de chambre à la fois concertée et dérivante, faite d’ombres et de lueurs, introvertie autant qu’expressive. La gémellité des deux cordes aux mains des Rodrigues et leur sens du tissage moiré, de frottements en crescendo étirés, en phase avec le timbre boisé de la clarinette et des spirales en clair obscur ou des coups de bec dignes d’un pivert dans les ramures. Je n’insisterai jamais assez sur le sens aiguisé de la dynamique de leur musique, des nuances infinies et une belle inventivité dans les formes mouvantes. Cette convivialité subtile est souvent placée dans une autre perspective lorsque s’étalent par instants choisis les vibrations métalliques de l’instrumentarium de Vorfeld ou ses frictions crépitantes souterraines. J’avais déjà écouté et chroniqué un précédent recueil Creative Sources intitulé Xafnikes Synantiseis de Floridis/ E & G Rodrigues en compagnie du bassiste Ulf Mergensen, un opus aussi convaincant que ce Dots and Dashes. Ernesto et ses acolytes nous servent une musicalité toujours renouvelée au fil des très nombreuses parutions incluant vétérans au long cours (comme Floros Floridis) et d’excellents « jeunes » nouveaux venus et illustrant pour le meilleur la créativité collective de cette improvisation dite libre à son plus haut niveau. Fantastique ! Je ne m’en lasse pas tout en ayant l’embarras du choix. Jean-Michel Van Schouwburg (Orynx)