Cut cs869

 

 

Une composition de Daniel Studer, Cut and Cue (21:22) et une autre signée Studer, Strinning et Weber, Sea and Seed. Vous entendrez rarement un trio sax – contrebasse – batterie débuter de la sorte. Si ce groupe a adopté l’instrumentation rituelle du free-jazz, c’est pour mieux mettre en évidence ses possibilités créatives au niveau de structures pensées au service de la créativité sans mimiquer des habitudes bien ancrées qui font que ça lasse. Du côté du contrebassiste compositeur, on appréciera son focus sur le jeu col legno, soit des battements rapides et millimétrés du revers boisé de l’archet sur les cordes. Il commence seul et est suivi par le batteur, lui-même tout à fait remarquable dans un drive échevelé et pointilliste du bout des baguettes agitées en une profusion asymétrique. S’ajoute ensuite le souffle hachuré et mordant du souffleur au sax ténor. En fait, il s’agit d’une suite où un ou deux des trois comparses travaillent une approche très précise indiquée dans la partition dans des duos séquencés entre l’un ou l’autre et de brefs trios que soulignent des conclusions ou amorces en solo ou carrément un silence. Le souffleur alterne ses interventions en passant du sax ténor aux clarinettes basse et contrebasse d’une fois à l’autre. Un découpage du temps dans un montage précis de dialogues à la fois préconçus et instantanés/ spontanés. Pour ce faire, les trois musiciens exploitent de multiples options sonores et instrumentales. Leur expérience de l’improvisation engendre une croissance de l’empathie ludique et de la complexité des échanges au départ des éléments bien distincts du début.
Le deuxième et dernier morceau de 15:12 , Sea and Seed, est signé Daniel Studer Sebastian Strinning et Daniel Weber. Il s’agit sans doute d’une composition qui débute dans un quasi silence suivi par des sqwaïiïkkk de la pointe de la baguette sur le métal d’un cymbale ou le souffle maugréant en boucle de Strinning. Cela fluctue précautionneusement par des arrêts sur image ou des passages obligés et on transite d’un quasi minimalisme - ambiance très aérée tant pour la percussion, la contrebasse ou la clarinette contrebasse vers une activité quasi souterraine et anarchique un moment (percussion !). Clarinette contrebasse seule distillant des gargouillements suivie ensuite par quelques notes tenues à l’archet … Un contraste se crée plusieurs instants entre les vifs coups d’archets puis les grincements d’harmoniques face au jeu zen du percussionniste. Puis le silence. Un album intéressant ou des formes contingentées encapsulent avec distinction la pratique de l’improvisation libre échantillonnée avec précision et une dynamique parfaite. Jean-Michel Van Schouwburg (Orynx)